Articles de la commission patrimoine

Projet d’internat à Uzès en secteur sauvegardé

 

projet-dinternat-en-3dDans un quartier de la ville d’ Uzès (Gard), un projet d’extension des deux lycées pose des questions décisives sur l’évolution d’une ville de patrimoine. Ayant connu, devenue secteur sauvegardé, une magnifique remontée depuis le délabrement, la puanteur et les chats errants des années 50, fromages de chèvre et truites tirant les plus grands effets de notoriété d’être vendus en sa Place aux Herbes restaurée, ce projet d’extension amène à remettre à plat quelques questions et préoccupations. 

Le projet et le quartier

 

Ce projet d’extension des lycées d’ Uzès pose exemplairement la et les questions de ce devenir.

Il s’agit, dans un quartier de la ville d’ Uzès, une ville en secteur sauvegardé dans sa quasi-totalité (48ha) – un secteur sauvegardé assez exemplaire en France – d’un projet d’extension des deux lycées, sur le terrain d’une ancienne gendarmerie jouxtant les terrains des lycées (construction d’un internat de 240 lits, cuisine et aire de livraison, salle de restauration pour l’administration, restaurant pour les lycéens, cafétéria et salle polyvalente (sports et culture), le tout commun aux deux lycées), une sorte de petit campus.

Ce quartier fait partie de l’extension approuvée en 2005 du secteur sauvegardé créé dans les années soixante, et c’est un quartier bien spécifique, un ancien faubourg participant de la première couronne urbaine, avec de petites maisons XVIIème, XVIIIème et XIXème très imbriquées les unes danautres, et des jardins anciennement potagers, un quartier d’artisans, autrefois.

Les habitants du quartier ne contestent pas, dans les intentions, la nécessité et l’intérêt d’un projet d’extension, les locaux faisant cruellement défaut. Et sur ce terrain là, donné par la mairie à la  Région pour satisfaire de tels besoins. Mais ils sont très réservés sur les modalités concrètes du projet retenu par concours, qui ne respecte pas la morphologie urbaine du quartier, manque totalement d’harmonie avec l’entour par ses formes, son esthétique. Surtout ils trouvent peu défendable son programme beaucoup trop dense pour l’espace disponible, qui dévore le poumon vert de cet ilôt, densité qui ne peut que créer de multiples nuisances, et une modification importante de la vie globale du quartier (problème du réseau viaire, entre autres ), etc.. ( pas d’étude d’impact à ce jour malgré les demandes) . Ce programme est trop chargé aussi en fonctions se succédant tout au long de la journée et de la soirée, multipliant les activités et les déplacements des lycéens, d où bruit permanent.

Extension, c’est-à-dire construction ?

 En effet, il n’a été tenu aucun compte des préconisations exprimées lors d’une réunion préalable, tant par le maire, Jean-Luc Chapon, que par l’architecte chargé d’étude du secteur sauvegardé (Bernard Wagon), que par l’architecte précédemment chargé de l’étude de proposition d’extension du secteur sauvegardé, par ailleurs architecte-conseil auprès de la Ville (Ariel Balmassière) : Tous trois ont demandé de répartir l’ensemble des constructions à la fois sur cet espace (terrain de l’ancienne gendarmerie) mais aussi sur les terrains des deux lycées existants, Bernard Wagon n’excluant pas des surélévations possibles dont les emplacements ont été envisagés. En tout état de cause, restent aussi à examiner les possibilités de restauration et de réutilisation de  bâtiments affectés à d’autres usages (faisant partie de l’entité « monument des Casernes »). La convergence de vue de personnes compétentes, dans l’intérêt de tous,  usagers-lycéens, habitants du quartier et équilibre pour la ville, est déjà en soi une chose remarquable et rare.

Si l’on peut aborder nombre de problèmes posés par la question du secteur sauvegardé, (loi créée par Andre Malraux en 1962), c’est qu’il ne s’agit pas seulement de la conservation et de la restauration du patrimoine et des questions de couleurs de volets, mais d’une politique du secteur sauvegardé comme un projet urbain et d’une gestion en tant que projet ayant à considérer l’évolution de la ville, la nécessité de construction de nouveaux bâtiments dans la recherche de la qualité d’usage des lieux pour les habitants et de l’harmonie avec l’existant en respectant les formes urbaines. Une recherche  de l’intégration harmonieuse des bâtiments nouveaux nécessaires , d’urbanisme en somme, d’un urbanisme spécifique, qui fait totalement défaut dans le projet de la Région mais qui est la seule façon de créer des espaces beaux parce que bien pensés à la fois pour leurs fonctions mais aussi par rapport à leur harmonie avec l’existant, le bâti ancien et les modes de vie à l’entour qui en découlent. Créer avec le plus grand soin « le patrimoine de demain », comme le rappelle J. Lang dans son bref ouvrage « ouvrons les yeux », 2014, c est “la nouvelle bataille du patrimoine de demain”.

Pour les habitants du quartier les plus conscients des enjeux, il s’agit d’amener la région à repenser les bâtiments prévus et leur implantation à travers la considération globale des nécessités des lycées, et la globalité des possibilités existantes : ce qui inclut la considération

  • de la restauration des bâtiments anciens des lycées,
  • de la récupération de parties non utilisées, (dans les bâtiments anciens du LEP, monument des anciennes Casernes), et
  • de la reconstruction au droit de l’espace actuellement occupé par les « hangars » construits  il y a une quinzaine d’années par la Région, dont un tiers est déjà inutilisé faute d’être aux normes, et bâtis probablement en non conformité avec les regles du PLU d’ alors et qui figurent en jaune comme immeuble dont la démolition est souhaitable  (suivant  les prévisions du plan de sauvgarde présenté en réunion publique en janvier 2016).
  • et enfin des constructions et surélévations possibles envisagées par l’architecte chargé d’étude du secteur sauvegardé sur les terrains des deux lycées .

Question d’urbanisme.

Pourquoi accepter ce projet avec toutes ses nuisances, son caractère déstructurant pour le quartier, quand on a  sous les yeux ce bâtiment de quinze ans, ‘”les hangars,” déjà obsolète, particulièrement laid, devant lequel on veut encore construire de nouveaux bâtiments chargeant entièrement tout le terrain restant de l’ancienne gendarmerie, détruisant les paysages urbains ? Les riverains et habitants du quartier ont constitué une association, mais sont dans une grande difficulté à discuter sur le moindre changement avec la Région.

En somme ils souhaitent un urbanisme plus favorable à la vie des lycéens, qui méritent plus et mieux,  autant qu’à la vie des riverains et des habitants du quartier, un urbanisme limitant autant que possible les sources de conflit entre les différentes catégories d’habitants, qui pourraient résulter de ce mini-campus sans le dire et sans l’espace pour, qui évite de dégoûter les habitants d’habiter là, s’agissant de développer des rapports sociaux nouveaux sans détruire les anciens liens, les modes de vie générés par l’habitat ancien existant.

Cette première opération, la première et la plus importante construction en zone d’ extension du secteur sauvegardé à Uzès, pour au moins cinquante ans, se doit d’ être, au contraire, une application exemplaire de ce qui justifie l’extension juste du secteur sauvegardé. Sinon à quoi bon cette politique publique et son coût -auquel s ajoutent les gâchis de la gestion anarchique des bâtiments de l’éducation nationale- ? Tout cela dénotant une absence de pensée d’urbanité et de qualité architecturale, dont on pâtit dans toute la France.

Ceci pour dire dans quel sens se développe cette réflexion des habitants, certes, c’est un cas modeste, mais archétypal de ce problème.  il nous semble que beaucoup de gens se trouvent aux prises , dans les villes, avec  des problèmes du même type.

Josanne Rousseau,

habitante du quartier

adhérente au comité de quartier charles Gide, à Uzès.