Articles de la commission patrimoine

Archéologie et projet urbain

Ariel Balmassière

Le projet d’Internat s’inscrit de toute évidence dans la rubrique  « archéologie et projet urbain », puisque celui-ci :

  1. Consiste en un équipement public de grande importance et d’intérêt certain pour la vie de la cité et, très important, situé en zone d’agglomération historique dense, particulièrement sensible, à un point tel que le quartier présentant un intérêt de patrimoine urbain a été compris dans le périmètre d’extension du secteur sauvegardé approuvé par arrêté ministériel en 2004 en suite de l’avis favorable émis par la commission nationale des secteurs sauvegardés survenu en septembre 2004.
  2. La campagne de premiers sondages a permis de repérer un sous-sol archéologique particulièrement riche comportant, entre autres une mosaïque (datant de l’époque gallo-romaine) d’une surface de 25 m2 et des indices de probabilité de présence de vestiges bien antérieurs à celle-ci et qui font probablement du site un champ de fouilles du plus grand intérêt concernant la morphogénèse de la cité d’uzès, car situé en la partie la plus haute du terrain naturel de celle-ci, versant au sud. Il est à noter qu’ une mosaïque également gallo-romaine fût découverte, déposée puis reposée au premier étage, lors de la construction de l’hôtel de ville en 1792. Un incendie partiel du bâtiment détruisit la salle, affectée au XIX ème siècle à usage de théâtre où cette mosaïque avait été remontée. Cette mosaïque périt définitivement dans l’incendie mais très heureusement Uzès possède un dessin d’Abauzit qui la représente.
  3. L’opération étant située dans le centre historique de la cité, très touristique, fait qui cache l’intérêt pédagogique direct pour les élèves du lycée d’enseignement professionnel des métiers d’art, les découvertes du grand site de fouilles urbain mériteront d’emblée de poser le problème de la conservation « in situ » des restes archéologiques (monumentaux ou non).

La vision de l’archéologie qu’avaient divers publics est aujourd’hui très profondément modifiée, comme celle des élus et des praticiens de l’aménagement et de l’équipement. Les découvertes archéologiques si prometteuses et d’une ampleur sans précédent à Uzès ne méritent elles pas leur conservation « in situ », en sous-sol des bâtiments neufs à construire et ouvrages et aménagements, de sorte que ces restes soient  présentés et offerts à la visite touristique, par petits groupes, en périodes non scolaires, sous la direction de grands conférenciers ? Comme les fouilles prévues pour août 2015 n’ont pas encore été entreprises, comment pouvoir considérer comme sérieux ce projet qui pour être réaliste devrait tenir compte des découvertes archéologiques … et penser leur intégration dans le site … et les mettre en valeur ?

Urbanisme.

Le document d’urbanisme opposable au tiers, applicable, est aujourd’hui le PLU, cependant, sachant que le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur du secteur sauvegardé est en cours d’études et devrait, normalement, être achevé et approuvé en 2016, la legislation dit que l’application du PLU doit être, en période d’élaboration du PSMV, faite dans l’esprit de ce dernier ( dons sauvegarde et conservation dominante des formes urbaines et de l’architecture patrimoniale historique (formes de groupes, r…… ., échelle, esprit, couleurs…)

Architecture

Si le PSMV, bien sûr,  préconise  restauration et mise en valeur du Patrimoine architectural historique, il préconise aussi quels principes et quelles conditions devront présider à l’élaboration des projets d’aménagement et de construction  sous certaines conditions, pour la vie de la cité et sans porter la moindre atteinte à la qualité de vie locale dans le respect de la tradition locale, ni porter atteinte au patrimoine architectural urbain sous tous ses aspects et notamment aux paysages urbains publics et privés.

Il va sans dire que le souci constant devra être de travailler, tant à la conception qu’a la réalisation, « art dans art » avec une attention concentrée sur les soins à apporter à la qualité du détail sensible.

Il s’agira de participer à « la nouvelle bataille du patrimoine » telle que Jacques Lang aborde et développe si bien le sujet dans son ouvrage paru en 2014 portant le titre « Ouvrons les yeux ». Tout nous y invite et nous en fait même un devoir à Uzès, tout particulièrement pour le respect de « la qualité d’usage » par et pour les habitants du quartier.

Il est, dans ces optiques, important que l’architecture soit « belle, solide, et réponde au programme et prix », c’est la règle première, majeure.

Commentaire du projet

à l’examen des deux documents graphiques remis par la région.

  1. Le programme initial apparaissait, au départ, trop lourd pour l’espace disponible et a dû, d’ailleurs, être amputé d’une cinquantaine de chambres… Cela résulte de l’absence de raisonnement portant sur l’ensemble, ce qui laisse à penser sur une vue à court terme dans l’urgence, sans vision prospective à moyen, ni à long terme. Le recul pris vis-à-vis des fonds voisins, compte tenu de l’affouillement, pourrait offrir ainsi des prospects plus favorables et plus respectueux de l’agrément d’usage des propriétés privées.
  2. L’ancienne gendarmerie n’est pas sauvegardée et réutilisée mais l’on constate que seules les façades nord, est et sud sont conservées, mais non l’entité entière du monument qui est charcutée. Le projet comporte de nombreuses ouvertures en terrasse, de sorte que le velum des couvertures serait quelque peu anarchique et déchiqueté, conduisant à des aberrations architecturales difficilement compatibles avec l’harmonie du velum des couvertures de la ville, et quasiment au confront de la belle rigueur classique, logique, des anciennes casernes du XVIIIème siècle. L’harmonie d’ensemble n’est pas obtenue.
  3. L ordonnancement architectural des façades n’est pas obtenu alors qu’il s’agit, là aussi, de parvenir à offrir une architecture contemporaine, non moderniste ni post-moderniste, mais une architecture d’aujourd’hui en respectant des canons de composition classiques (ce qui n’a rien à voir avec un style passé.
  4. Le jeu des abords en terrasses semble compliqué et probablement difficile à gérér et à entretenir de façon fiable dans le temps.
  5. Les couvertures en tuiles canal devraient comporter des sorties en tuiles classiques et non « bétonneuses »
  6. Les revêtements de sol des terrasses des « abords » devraient être définis de façon précise en matériaux durables et variés.
  7. Il faudrait savoir quel est le matériau des façades et connaître le détail de la modénature.
  8. Il faudrait connaître la nature de la finition de surface des parements des bâtiments et des murs de soutènement ainsi que quel est le couronnement de ceux-ci. Une seule et même couleur de façade serait d’un trop massif impact dans la chromatique de l’îlot. Il faudrait penser à une couleur de valeurs différentes popur les divers corps de bâtiments, « en camaieu » subtil.
  9. Il semble nécéssaire de connaître quel est le matériau des menuiseries, les partitions de celle-ci, leurs couleurs. L’emploi de PVC semble à proscrire ainsi que l’aluminium.
  10. La végétalisation et l’arborisation du cœur d’îlot mérite une étude paysagère respectueuse et inspirée des jardins privés (essences et espèces méditerrannéennes, non en éventail d’images pseudo, néo, provençales pour affiches vendeuses de programme immobolier, là où tradition et nuance doivent régner.)
  11. Il nous apparaît indispensable d’obtenir de la part de la maîtraise d’ouvrage que soit établie une maquette d’étude portant sur la totalité de l’îl

bâtiments anciens et bâtiments projetés.)